Denis Mukwege, troisième figure mise à l’honneur #3
Pour cette troisième édition de sa Campagne des Droits Humains, la FFCU rend hommage à Denis Mukwege, gynécologue congolais qui a consacré sa vie à soigner les femmes victimes de violences sexuelles dans l’est de la République démocratique du Congo. Médecin, militant et lauréat du prix Nobel de la paix, il est devenu l’une des voix les plus fortes au monde contre l’usage du viol comme arme de guerre.

Soigner là où la guerre détruit
Né en 1955 à Bukavu, dans la province du Sud-Kivu, Denis Mukwege étudie la médecine au Burundi, puis se spécialise en gynécologie-obstétrique en France, à Angers. De retour dans son pays, il souhaite d’abord réduire la mortalité des femmes lors des accouchements. Mais les conflits qui ravagent l’est du Congo à partir de la fin des années 1990 bouleversent sa vocation : il découvre des femmes arrivant à l’hôpital avec des blessures d’une violence inouïe, infligées de manière délibérée pour terroriser des populations entières.
En 1999, il fonde l’hôpital de Panzi, à Bukavu. Depuis, l’établissement a accueilli des dizaines de milliers de femmes et de jeunes filles victimes de viols et de mutilations. Ce travail lui vaut le surnom de « l’homme qui répare les femmes ».
Un modèle qui soigne la personne tout entière
L’originalité de l’approche développée à Panzi tient à sa conviction qu’une femme ne se reconstruit pas uniquement par la chirurgie. L’hôpital propose un accompagnement global, qui associe les soins médicaux, le soutien psychologique, l’aide à la réinsertion économique et l’accompagnement juridique pour permettre aux victimes de faire valoir leurs droits devant la justice. Ce modèle, qui replace la dignité des survivantes au centre de la prise en charge, inspire aujourd’hui des structures dans d’autres pays touchés par les conflits.
Une voix qui refuse le silence
Denis Mukwege ne s’est jamais contenté de soigner les conséquences des violences : il en dénonce les causes. Il réclame la création d’un tribunal international chargé de juger les crimes de guerre commis dans l’est du Congo, afin que les responsables ne restent plus impunis. Il se bat pour que ces actes soient reconnus comme des crimes contre l’humanité, et dénonce la corruption qui gangrène les institutions et entretient l’instabilité de la région.
Cet engagement a un prix. En 2012, il échappe de peu à une tentative d’assassinat à son domicile et doit s’exiler quelques mois. Il revient pourtant à Bukavu dès l’année suivante, accueilli par les femmes de la région qui avaient réuni de quoi financer son retour.
Une reconnaissance internationale
Son combat a été salué à de multiples reprises. En 2008, il reçoit le prix des Nations unies pour les droits de l’homme, puis, en 2014, le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit, décerné par le Parlement européen. En 2018, il obtient le prix Nobel de la paix, conjointement avec Nadia Murad, militante yézidie et survivante des violences de Daech, pour leurs efforts visant à mettre fin à l’emploi des violences sexuelles comme arme de guerre.
Un combat porté à l’écran
Son parcours a inspiré plusieurs films. Le documentaire L’Homme qui répare les femmes, sorti en 2016, retrace sa vie et son combat quotidien à Panzi. En 2025, le film Muganga, celui qui soigne revient sur sa rencontre avec un chirurgien belge et sur la solidarité née entre les deux hommes face à l’horreur. Ces œuvres contribuent à faire connaître au grand public une réalité longtemps passée sous silence.
